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Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
Vous avez surement reconnu ici les premiers vers du poème « Demain dès l’Aube » de Victor Hugo.
Comme vous pouvez le constater, ce poème est composé de plusieurs phrases, structurées grâce à la ponctuation. On a par exemple les virgules qui offrent une respiration, et les points qui marquent la fin d’une idée.
Eh bien en musique c’est exactement la même chose. Un morceau est aussi composé de plusieurs phrases musicales, structurées grâce à de la ponctuation.
On a par exemple des pauses au sein des phrases musicales qui s’apparentent aux virgules et des conclusions en fin de phrases qui jouent le rôle de points.

Ces signes de ponctuation de la musique, c’est ce qu’on appelle des « cadences » et c’est justement ce dont on va parler dans cet article.
On va voir ensemble les 4 grandes cadences qui existent, l’effet qu’elles produisent à l’oreille, et pour que ce soit le plus clair possible, on va à chaque fois illustrer ça d’exemples tirés de morceaux connus. C’est parti !
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I / Qu’est-ce qu’une cadence ?
Comme je l’ai indiqué dans mon introduction, les cadences ce sont les signes de ponctuation de la musique. Elles permettent de structurer le discours musical.
Alors d’accord, ça c’est pour la philosophie générale, mais concrètement, c’est quoi une cadence ?
Déjà, une cadence c’est quelque chose qu’on retrouve seulement à la fin d’un élément musical. Ça peut être par exemple à la fin d’une phrase musicale, à la fin d’une section musicale comme un couplet ou un refrain, ou même à la toute fin du morceau.
D’ailleurs, c’est de là que vient le mot « cadence ». Il est issu du latin « cadentia » qui veut dire « tomber ». On a donc cette idée de fin, de chute.
Concrètement, une cadence se matérialise souvent par l’enchaînement précis de deux accords. Et en fonction de cet enchaînement, l’effet sonore imprimé sur l’élément musical ne sera pas le même.

Certaines cadences vont avoir un effet conclusif à l’oreille, alors que d’autres vont un avoir un effet plus suspensif. C’est-à-dire qu’elles vont créer une attente.
Justement, je vous propose qu’on découvre tout de suite le premier type de cadence : la cadence parfaite.
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II / La cadence parfaite
1) Qu’est-ce qu’une cadence parfaite ?
La cadence parfaite consiste à enchaîner l’accord de degré V d’une gamme avec son accord de degré I à la fin de l’élément musical.
Je le rappelle, à partir d’une gamme on peut créer des accords (un à partir de chacune de ses notes), et en fonction de la place qu’il occupe dans la gamme, on lui attribue un numéro appelé degré.
Donc le premier accord de la gamme (c’est à dire celui construit à partir de la première note), c’est ce qu’on appelle l’accord de degré I, le deuxième accord de la gamme l’accord de degré II etc.
Du coup, si je prends par exemple la gamme de Do Majeur, la cadence parfaite correspond à l’enchaînement Sol Majeur (accord de degré V) / Do Majeur (accord de degré I).

Cette cadence donne une sensation de conclusion à l’oreille. Parce qu’on a l’accord de degré V qui génère de la tension et l’accord de degré I qui vient immédiatement la résoudre. Donc si on enchaîne les deux, on obtient cette sensation de point à la fin de la phrase. On vient clôturer le discours musical.
On retrouve par exemple une cadence parfaite à la fin de l’introduction du morceau « Somebody to Love » de Queen. Ici on est en tonalité de Sol Majeur, ce qui donne l’enchaînement Ré Majeur / Sol Majeur.

On la retrouve aussi dans la chanson « Imagine » de John Lennon. Elle se situe à la toute fin du morceau pour le clôturer en beauté. Cette fois ci on est en tonalité de Do Majeur ce qui donne l’enchaînement Sol Majeur / Do Majeur.
2) Cadence parfaite en tonalité mineure
Alors souvent, on me demande aussi s’il est possible d’utiliser les cadences en tonalité mineure. Par exemple tout à l’heure, on a créé une cadence parfaite à partir de la gamme de Do Majeur, mais est-ce que ça marche aussi à partir de Do Mineur ?
La réponse à cette question est oui : les cadences fonctionnent aussi très bien en tonalité mineure. Mais pour la cadence parfaite, il y a une petite subtilité.
Si je reprends l’exemple d’une cadence parfaite en Do Mineur, ça donnerait l’enchaînement Sol Mineur / Do Mineur. Et ça, c’est beaucoup moins conclusif qu’en tonalité majeure.

La raison est simple : c’est parce qu’en tonalité mineure, l’accord de degré V est mineur. Or, un accord mineur génère beaucoup moins de tension que son homologue majeur (à cause de sa tierce qui est différente). Du coup, puisque l’accord de degré v génère moins de tension, la résolution apportée ensuite par l’accord de degré I est beaucoup moins prononcée.
Pour vous donner un parallèle, si vous perdez les clés de votre boîte aux lettres, et que vous les retrouvez juste après, la sensation de soulagement que vous éprouverez sera beaucoup moins prononcée que si vous retrouvez par exemple votre passeport 2h avant votre vol. (Et non, ceci ne sent pas du tout le vécu). ^^
C’est pour ça qu’en tonalité mineure, pour créer une cadence parfaite, on va plutôt utiliser la gamme mineure harmonique qui elle, possède un accord de degré V majeur. (Je vous renvoie à ma vidéo sur les différents types de gammes mineures pour plus d’infos sur ce sujet).
Bref, tout ça pour dire qu’en tonalité mineure la cadence parfaite ce n’est pas v mineur i mineur, mais V majeur i mineur. Par exemple en tonalité de Do Mineur, ça donne l’enchaînement Sol Majeur / Do Mineur. Et là, on retrouve bien le caractère conclusif de la cadence parfaite.

Il y a par exemple le morceau « Formidable » de Stromae qui utilise une cadence parfaite en tonalité mineure à la fin de son refrain. On est en Mi Mineur, ce qui donne l’enchaînement Si Majeur (ici en accord de septième) / Mi Mineur.

3) Cadence parfaite vs cadence imparfaite
Et enfin, dernière petite chose concernant la cadence parfaite : dans la plus pure tradition de la théorie classique, on considère qu’une cadence est parfaite, seulement si les deux accords qui la composent sont à l’état fondamental. Si l’un des deux accords ou les deux sont renversés, on parle plutôt de cadence imparfaite. Voilà.
On arrive maintenant au deuxième grand type de cadence : la cadence plagale.
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III / La cadence plagale
1) Qu’est-ce qu’une cadence plagale ?
La cadence plagale consiste à enchaîner l’accord de degré IV d’une gamme avec son accord de degré I à la fin d’un élément musical.
Par exemple, en tonalité de Do Majeur, ça va donner l’enchaînement Fa Majeur / Do Majeur.

Là aussi, on obtient un effet conclusif à l’oreille, mais il est un peu moins marqué que celui de la cadence parfaite. Parce que l’accord de degré IV est un accord de tension, mais à moindre mesure que celui de degré V.
Résultats : on obtient encore une fois cette sensation de phrase musicale qui se termine, mais de façon moins définitive.
On retrouve par exemple une cadence plagale en fin de couplet de la chanson « Yesterday » des Beatles. On est en tonalité de Fa Majeur, ce qui donne l’enchaînement Sib Majeur / Fa Majeur.

Autre exemple, on l’a aussi dans le morceau « Take me to Church » de Hozier, sur le mot « Amen ».

D’ailleurs ce n’est pas hasard : c’est parce que la cadence plagale, est aussi appelée la cadence « Amen ». Car souvent, elle est utilisée dans la musique liturgique pour accompagner le « Amen » de la fin de la prière.
2) La cadence plagale mineure
A noter qu’il existe aussi une variante très populaire de la cadence plagale : la cadence plagale mineure.
Cette variante consiste simplement à transformer l’accord de degré IV en accord mineur, ce qui donne l’enchaînement Fa Mineur / Do Majeur en tonalité de Do Majeur.

Cette cadence est connue pour apporter instantanément une touche de mélancolie au morceau.
Si vous voulez en savoir plus à son sujet, et découvrir plein d’exemples de chansons qui l’utilisent, je vous renvoie à la vidéo que je lui ai consacrée en cliquant ici.
Place maintenant au troisième type de cadence : la demi-cadence.
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IV / La demi-cadence
Petit aparté : Comme vous avez pu le constater, sur cette chaîne je m’efforce d’expliquer la théorie musicale et l’harmonie de la façon la plus claire possible. Et à chaque fois, j’essaie d’illustrer mes propos avec de nombreux exemples pour que ce soit concret.
Donc si mon approche vous parle, je ne peux que vous conseiller de suivre ma formation en ligne Solfège Pratique.
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Et comme c’est le cas avec le contenu de cet article, chaque notion est directement illustrée par des exemples concrets pour que vous puissiez facilement comprendre ce qui y est présenté. Avec cette approche, j’ai pu réconcilier plus de 1200 musiciens avec le solfège, donc n’hésitez pas à nous rejoindre.
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Revenons-en maintenant à la demi-cadence : il s’agit d’une cadence un peu spéciale, parce que c’est la seule qui n’enchaîne pas deux accords. C’est en fait un repos sur le cinquième degré.
D’ailleurs, si ça s’appelle la demi-cadence ce n’est pas pour rien : c’est parce qu’on a pris une cadence parfaite, et on en a gardé que la première moitié : l’accord de degré V. Si on est en tonalité de Do Majeur, ça donne donc un repos sur l’accord de Sol Majeur.

Puisque l’accord de degré V est un accord de tension, à l’oreille la demi-cadence donne un effet de suspension. C’est un peu comme si la phrase musicale restait « en l’air », on a envie d’entendre la suite. C’est pour ça qu’on peut l’apparenter au point d’interrogation. C’est une question dont on attend la réponse.
Il y a par exemple les couplets d’ « Highway to Hell » d’ACDC qui finissent sur une demi-cadence. On est en tonalité de La Majeur, ce qui donne un repos sur l’accord de Mi Majeur.

Et là où c’est cool, c’est que cette suspension à la fin du couplet est immédiatement résolue grâce au premier accord du refrain (qui est un accord de degré I). Donc en fait, la demi-cadence sert ici à préparer l’arrivée du refrain. En résolvant la tension générée, ce dernier parait encore plus puissant et mémorable.

Tout ça nous amène à la quatrième et dernière cadence : la cadence rompue.
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V / La cadence rompue
Est-ce que vous connaissez cette blague où quelqu’un fait mine de vous serrer la main, puis au dernier moment il se passe la main dans les cheveux ?
Eh ben je trouve que c’est ce qui symbolise le mieux la cadence rompue.
La cadence rompue, c’est le fait de se diriger en apparence vers une cadence parfaite (donc on commence par jouer l’accord de degré V, ce qui nous laisse à penser qu’on va avoir ensuite l’accord de degré I), mais à la place, surprise, on joue un autre accord. Dans la majorité des cas, ça va être l’accord de degré vi, mais dans l’absolu ça peut être n’importe quel accord.
Quelques exemples en Do Majeur : comme on vient de le voir, le V vers vi ça donne Sol Majeur La Mineur, mais ça peut aussi être le V vers IV Sol Majeur / Fa Majeur. On peut même utiliser des accords qui n’appartient pas à la tonalité, comme par exemple ici Sol Majeur / Lab Majeur. Tout est possible.

Et bien évidemment, puisque notre oreille s’attendait à l’accord de degré I, et qu’à la place elle se fait feinter, ça produit un effet de surprise.
Dans « I want to Break free » de Queen on retrouve une cadence rompue. Il fait mine de conclure la phrase musicale avec une cadence parfaite, mais à la place il utilise l’accord de degré vi Do# Mineur. Par contre à la fin du pont, là il utilise une cadence parfaite pour le finir en beauté.
Conclusion
Comme vous avez pu le constater, les cadences ce ne sont pas que de simples outils théoriques. Ce sont avant tout des outils qui vous permettent de vous exprimer musicalement.
Si vous voulez conclure une section musicale, vous savez que vous pouvez utiliser la cadence parfaite ou plagale. Pour préparer efficacement l’arrivée d’un refrain, vous pouvez finir la phrase précédence par une demi-cadence, et pour surprendre vos auditeurs, une cadence rompue fera parfaitement l’affaire.
Et c’est justement ça le but que j’ai avec cette chaîne : c’est de vous montrer que le solfège et l’harmonie sont avant tout vos alliés. Les maîtriser vous permettra d’apporter de nouvelles couleurs à votre palette. Et plus vous en aurez, plus vous serez capables de peindre avec précision, toutes ces belles images que vous avez en tête.
Pour terminer, n’hésitez pas à partager dans les commentaires d’autres exemples de morceaux connus qui utilisent les cadences présentées.
Et comme d’habitude, si ce n’est pas encore fait, abonnez-vous à la chaîne Composer sa Musique avec la cloche des notifications pour ne rien manquer de mes futurs tutos. A très bientôt pour encore plus de tutos !
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