Le petit guide du triolet en musique: tout savoir sur ce rythme

Tout savoir sur le triolet en musique: qu’est ce qu’un triolet ? Quels sont les différents types de triolets qui existent et à quoi servent les triolets concrètement ?

Introduction

Est-ce que vous avez déjà jeté un œil à la définition du triolet que l’on retrouve généralement sur internet ? Par exemple si on prend celle de Wikipedia, voilà ce que ça donne :

« Le triolet est une division exceptionnelle du temps, formée d’un groupe de trois figures égales dont la somme équivaut à deux figures identiques dans un temps normalement binaire ».

Vous n’avez rien compris ? C’est parfaitement normal. 😀 Le triolet est un concept rythmique assez technique qui nécessite de connaître au préalable quelques notions théoriques pour être maîtrisé.

Dans cet article, je vous propose donc que l’on revienne ensemble sur ces différentes notions. On va tout remettre à plat au niveau du triolet pour que vous puissiez bien comprendre ce rythme. Plus précisément, on va voir ensemble ce qu’est un triolet, quels sont les différents types de triolets qui existent, et à quoi est ce qu’ils servent concrètement. Vous êtes prêts ? Alors suivez le guide. 😉

I / Qu’est-ce qu’un triolet en musique ?

Pour bien comprendre ce qu’est un triolet, il faut que l’on revienne sur les bases du rythme.

1) Rappel : les 5 grandes figures de notes

Comme je l’ai expliqué dans mon article « La valeur des notes de musique », ce qui permet de savoir sur combien de temps jouer les différentes notes, c’est leur forme. Il existe plusieurs formes de notes (que l’on appelle les figures de notes) et chacune de ces formes correspond à une durée bien précise.

Au sommet de la hiérarchie on retrouve la ronde, qui est la figure de note avec la plus longue durée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on la qualifie « d’unité de valeur ».

Mais puisque les compositeurs avaient besoin d’exprimer des durées plus courtes que celles de la ronde, ils ont eu l’idée de créer à partir de cette dernière une nouvelle figure de note en la coupant en deux. Ils ont alors obtenu la blanche qui vaut logiquement la moitié de la ronde.

A partir de la blanche rebelotte : puisqu’ils avaient besoin d’exprimer des durées encore plus courtes, ils ont eu l’idée de la couper en deux afin d’obtenir une nouvelle figure de note qu’ils ont appelé la noire (et qui vaut donc la moitié de la blanche).

Puis ils ont de nouveau appliqué ce protocole à la noire pour obtenir la croche (qui vaut la moitié d’une noire), et à la croche pour obtenir la double croche (qui vaut la moitié d’une croche).

C’est ainsi que sont nées les 5 grandes figures de notes dont on peut résumer les valeurs respectives grâce à ce schéma d’équivalence :

Note pour les puristes : Il existe d’autres figures de notes (comme la triple croche ou la quadruple croche), mais je ne les ai pas incluses dans ce schéma car vous les rencontrerez très rarement.

2) Les rythmes binaires

Comme vous avez pu le constater, toutes les figures de notes ont été obtenues en partant d’une figure de note préalable et en la divisant en deux.

Par exemple pour obtenir la blanche, on est parti de la ronde qu’on a divisé en deux. Pour obtenir la noire on est parti de la blanche qu’on a divisé en deux etc.

Dans le jargon, puisque toutes ces figures de notes sont divisibles par deux, on les qualifie de « rythmes binaires ».

Les 5 grandes figures de notes sont donc naturellement binaires.

3) La naissance des triolets (les rythmes ternaires)

Le truc c’est qu’un jour les compositeurs se sont dit :

« Mais attendez les gars, qu’est ce qui nous empêche de créer des nouveaux rythmes en coupant les figures de notes déjà existantes en trois plutôt qu’en deux ?

Par exemple, plutôt que de partir de la ronde et de la couper en deux pour obtenir deux blanches, on peut la couper en trois pour obtenir un tout nouveau rythme ».

Et c’est exactement ce qu’ils ont fait. En prenant la ronde et en la coupant cette fois ci en trois, les compositeurs ont obtenu un nouveau rythme qu’ils ont appelé… le triolet. (En l’occurrence le triolet de blanches).

Un triolet, c’est donc une figure rythmique qui est obtenue en partant d’une figure de note binaire, mais en la découpant cette fois ci en trois parties égales.

Et puisqu’avec ce nouveau type de découpe le rythme obtenu est divisible par trois, on le qualifiera de « ternaire ». Les triolets sont donc des rythmes ternaires.

II / Les différents types de triolets

1) Les formes classiques de triolets

Comme on vient de le voir, on obtient un triolet à partir du moment où on prend une figure de note et où on la divise en trois parties égales. Puisqu’il existe cinq grandes figures de notes, on en déduit qu’il existe cinq grands types de triolets.

a) Le triolet de blanches

En partant de la ronde et en la divisant en trois, on obtient un triolet de blanches.

Au même titre que deux blanches sont égales à une ronde, le triolet de blanches est aussi égal à une ronde.

Dans un morceau où la noire vaut 1 temps (comme le 4/4 par exemple), puisque la ronde vaut 4 temps, le triolet de blanches vaut lui aussi 4 temps. Ce qui fait qu’individuellement, chaque blanche du triolet de blanches vaut 4/3 = 1,33 temps.

Note : Pour simplifier les choses, on va considérer pour la suite de cet article que la noire vaut 1 temps. (Mais gardez quand même à l’esprit que ce n’est pas toujours le cas comme je l’explique dans ma vidéo « Noire n’est pas égale à un temps »).

b) Le triolet de noires

En partant de la blanche et en la divisant en trois parties égales, on obtient le triolet de noires.

Le triolet de noires équivaut à une blanche soit 2 temps. Chaque noire du triolet de noires vaut donc 2/3 = 0,66 temps.

c) Le triolet de croches

C’est sans aucun doute le plus connu et le plus courant de tous les triolets. Il est obtenu en divisant une noire en trois parties égales.

Puisque le triolet de croches équivaut à une noire, il est à interpréter sur 1 temps, ce qui fait que chacune de ces croches vaut 1/3 de temps.

d) Le triolet de doubles croches

Il est obtenu en divisant une croche en trois parties égales. Il est à interpréter sur ½ temps ce qui fait que chacune de ces doubles croches vaut 0,16 temps.

Il existe également le triolet de triples croches qui est obtenu à partir de la double croche, mais puisqu’il est extrêmement rare je ne vous le présenterai pas ici. Allons, ne soyez pas tristes. 😉 Pour vous consoler je vous ai préparé un super tableau bilan qui recense les principaux triolets :

2) Les triolets avec notes de valeur différente

Jusqu’à maintenant, on a vu uniquement des triolets composés de notes de même valeur. Par exemple le triolet de croches est composé de trois croches, le triolet de noires de trois noires, le triolet de blanches de trois blanches etc.

Mais il est tout à fait possible de créer des triolets avec des notes de valeurs différentes. La seule condition, c’est que la somme des notes qui composent le triolet doit être égale à la somme qu’aurait eu le triolet s’il avait été composé de notes de même valeur.

Par exemple, il est tout à fait possible de créer un triolet avec une noire et une croche. Comme la noire vaut deux croches, la valeur de ce triolet est la même que celle du triolet de croches.

De même, on peut créer un triolet avec deux croches et deux doubles croches. Ou alors deux doubles croches et une croche. Dans tous les cas, la valeur de ces triolets est toujours égale à celle du triolet de croches.

Et bien évidemment, vous pouvez appliquer cette règle quel que soit le type de triolet, ce qui fait que vous pouvez retrouver une multitude de triolets différents.

3) Triolets avec silences

Comme je l’ai mentionné dans mon article sur « Les silences en musique», chaque figure de note possède son équivalent en figure de silence.

  • La pause est de même valeur que la ronde
  • La demi-pause est de même valeur que la blanche
  • Le soupir est de même valeur que la noire
  • Le demi-soupir est de même valeur que la croche
  • Le quart de soupir est de même valeur que la double croche

Pourquoi est-ce que je vous parle de ça ? Parce qu’un silence peut aussi faire partie d’un triolet. Il faut juste que sa valeur soit égale à la note qui le remplace. Par exemple, il est possible de remplacer la croche d’un triolet de croche, par un demi-soupir :

Ou alors, vous pouvez remplacer la noire d’un triolet composé d’une noire et d’une croche par un soupir, ou la double croche d’un triolet qui contient deux croches et deux doubles croches par un quart de soupir. Vous avez compris l’idée. 😉

III / A quoi servent les triolets en musique ?

1) Fournir du vocabulaire aux musiciens

Puisqu’il s’agit de nouveaux rythmes, les triolets offrent aux compositeurs encore plus de vocabulaire musical pour s’exprimer. Ce sont des outils qu’ils ont à leur disposition pour pouvoir retranscrire de la manière la plus fidèle qui soit les rythmiques qu’ils ont en tête.

Par exemple, c’est grâce au triolet de croches que Beethoven a pu retranscrire rythmiquement la mélodie du Sonate au Clair de Lune :

2) Apporter un feeling ternaire aux morceaux binaires

Mais la vraie raison d’être des triolets est plus profonde que ça : elle est en lien avec la structure rythmique du morceau.

a) La différence entre morceau binaire et ternaire

Pour comprendre pourquoi le triolet a été inventé, il faut d’abord que vous compreniez la différence qui existe entre morceau binaire d’un côté et morceau ternaire de l’autre. (Notez bien que je parle ici de la différence entre morceaux binaires et ternaires, et non pas de rythmes binaires et ternaires dont on a parlé tout à l’heure. Cette distinction va avoir son importance pour la suite). 😉

Je ne vais pas réexpliquer en détail cette différence car j’ai déjà écrit tout un dossier sur le sujet. Si ce n’est pas encore fait, je vous invite donc à le lire en cliquant ici. Pour cet article, je vais simplement me contenter de vous résumer les grandes lignes.

En musique, il existe deux grands types de morceaux : les morceaux binaires d’un côté et les morceaux ternaires de l’autre. Qu’est-ce qui différencie les deux ? C’est la structure de leurs temps.

Les temps c’est cette pulsation régulière que l’on retrouve derrière chaque morceau. (Pour être tout à fait exact, on appelle « temps » la durée qui existe entre chacune de ces pulsations). Ils constituent la colonne vertébrale du rythme puisque c’est autour d’eux que viennent se greffer les différents rythmes.

Le truc, c’est qu’en fonction de si le morceau est binaire ou ternaire, ces temps ne vont pas avoir la même structure.

Dans les morceaux binaires, les temps sont divisibles par deux (on parle de temps binaires), alors que dans les morceaux ternaires, les temps sont divisibles par trois (on parle de temps ternaires).

Qu’est-ce que ça veut dire exactement que les temps d’un morceau sont divisibles par deux ? Ça veut dire qu’ils sont représentés par un rythme (que l’on appelle l’unité de temps), divisible par deux.

Par exemple, dans le morceau « Au Clair de La Lune », l’unité de temps c’est la noire. Et puisque la noire est un rythme divisible par deux (une noire donne deux croches), on est en présence d’un morceau binaire.

Qu’est-ce que ça implique concrètement que le morceau soit binaire ? Ça une conséquence sur sa sonorité. Avec leurs temps divisibles par deux, les morceaux binaires vont avoir tendance à sonner de façon assez carrée.

De la même manière, les temps d’un morceau ternaire sont divisibles par trois car ils sont représentés par un rythme divisible par trois.

Par exemple, dans le morceau « We are the Champions » de Queen, l’unité de temps c’est la noire pointée. Et puisque la noire pointée est divisible par trois (une noire pointée donne trois croches), on est en présence d’un morceau ternaire.

Avec leurs temps divisibles par trois, les morceaux ternaires vont avoir une sonorité différente des morceaux binaires. Ils vont avoir tendance à sonner de façon plus « swing ».

b) Rythmes binaires et rythmes ternaires

Maintenant qu’on a clarifié tout ça, vous allez surement me dire :

« Ok c’est super tout ça Alex, mais concrètement, c’est quoi le rapport avec les triolets ? »

On y arrive.

Par définition, dans les morceaux binaires, tous les rythmes que l’on retrouve sont binaires. Par exemple, tous les rythmes qui sont présents dans le morceau « Au Clair de la Lune » sont binaires.

De la même façon, tous les rythmes qui composent un morceau ternaire sont ternaires. Par exemple, dans « We Are the Champion » de Queen, tous les rythmes du morceau sont ternaires.

c) La division artificielle du temps

« Mais attend une minute Alex, il y a un problème non ? Dans la Sonate au Clair de Lune, on est en présence d’un morceau binaire. (L’unité de temps c’est la noire). Or, dedans on retrouve des triolets de croches qui sont des rythmes ternaires comme tu l’as expliqué tout à l’heure. Comment c’est possible ? »

Eh ben justement, vous venez de mettre le doigt sur la raison d’être des triolets. 🙂

Dans les morceaux binaires, tous les rythmes sont par définition binaires. Le truc c’est que les compositeurs se sont dit que ça pouvait être cool d’y incorporer des rythmes ternaires, car ils appréciaient particulièrement leur sonorité « swing ».

Le problème, c’est qu’il ne suffit pas de le vouloir pour que ce soit techniquement possible. En effet, dans les morceaux binaires, les temps sont toujours binaires, donc il n’est pas possible d’y insérer en plein milieu un temps ternaire sur lequel greffer un rythme ternaire.

Pour contourner ce problème, les compositeurs ont donc eu une idée : celle de diviser non pas le temps, mais le rythme en lui-même en trois parties égales. Ce faisant ils conservent la structure du temps intacte (on reste sur un temps binaire), mais ils donnent l’impression qu’il est ternaire grâce à cette division du rythme en trois.

Le triolet, c’est donc un petit tour de magie inventé par les compositeurs pour permettre d’apporter une sonorité ternaire au sein d’un morceau binaire.

Et pour l’anecdote, l’inverse existe aussi : dans les morceaux ternaires, on peut retrouver des rythmes binaires (que l’on appelle les duolets), qui permettent d’apporter au morceau une sonorité « carrée » propre au binaire.


Conclusion

Voilà les amis, avec tout ça, je pense que vous avez maintenant une vision beaucoup plus claire de ce qu’est le triolet.

Ça me tenait vraiment à cœur de pouvoir vous offrir cet article (même s’il n’a vraiment pas été évident à écrire^^) car je me rappelle avoir toujours été frustré de ne pas trouver d’explications claires et complètes sur ce sujet.

D’ailleurs, en parlant d’explications claires et complètes, si vous souhaitez apprendre le solfège de A à Z, je ne peux que vous conseiller de suivre ma formation en ligne Solfège Pratique.

Solfège Pratique, c’est la seule formation en ligne qui vous expliquera le solfège de façon simple, claire, et progressive. (Et ce n’est pas moi qui le dis mais les quelques 1000 élèves ayant déjà suivis la formation.

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Si vous avez des questions par rapport à l’article n’hésitez pas à me les poser dans l’espace commentaires ci-dessous, quant à moi je vous dis à très bientôt pour de nouveaux tutos. 😉

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4 commentaires


  • PETIT

    bonjour Alex et merci pour ces précisions utiles, j’ai mis la page dans mes favoris et quand j’aurai un oubli je la relirai avec un grand plaisir, j’ai 72 ans et je joue de l’accordéon chromatique depuis mes 12, 13 ans à peu près mais je n’en faisais pas tous les jours car faire des exercices c’était barbant, mais au final ils sont nécessaires, maintenant que je suis en retraite depuis 12 ans, je recommence par faire des exercices pour ne pas perdre la main et reconnaître que finalement ils sont nécessaires pour la pratique d’un instrument quel qu’il soit, nous sommes un peu bêtes quand nous sommes jeunes parfois, mais bon, passez une belle journée et au plaisir de vous relire pour d’autres conseils

    Répondre

  • Pierre Calvin Noël

    merci pour ce petit guide. c’est vraiment intéressant! pouvez-vous me l’envoyer stp????

    Répondre

  • Pierrot

    ok

    Répondre

  • Gérard

    Quelle serait la différence pour l’auditeur si, dans « Jésus que ma joie demeure » de JS Bach, on rempaçait les triolets par de simple croches ?

    Répondre

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